
Exposition / Vernissage vendredi 25 septembre 2026 à 18h30
Simon Gabourg interroge les mémoires enfouies et les traces laissées par les systèmes commerciaux et industriels. Artiste né à Pointe-à-Pitre et diplômé de l’école des Beaux-arts de Bordeaux en 2022, il explore la diversité des flux culturels, économiques, sociaux et politiques qui traversent nos sociétés contemporaines. Il propose de créer de nouveaux récits alternatifs, des mythes et des formes inédites, à partir des vestiges de matériaux et d’objets techniques marqués par l’histoire. Des récits où coexistent d’autres formes de vie et de résilience et où les fragments du passé nourrissent les mondes à venir.
Après un premier volet de son travail consacré à la palette de bois, Simon Gabourg déploie aujourd’hui un nouvel axe autour du caoutchouc, à partir du port de Bordeaux et de la Garonne, territoires porteurs d’un riche patrimoine industriel et commercial. Bordeaux, port stratégique dans le commerce du caoutchouc, devient le point d’entrée d’une réflexion sur l’industrialisation, l’exploitation des ressources naturelles (hévéa) et leurs enjeux environnementaux.
Accompagné par Zébra3 et les Archives de Bordeaux Métropole * durant plusieurs mois sous forme d’une résidence de recherche et de création, le projet s’ancre dans des lieux spécifiques de Bordeaux, en passant par Taïwan et les Antilles, grâce à un ensemble de partenaires et met en lumière les croisements entre mémoire, infrastructures industrielles et transformations écologiques. Derrière cette matière se croisent des histoires de plantations, de transports, de guerres et de déplacements. Le caoutchouc a accompagné l’expansion industrielle autant que les trajectoires humaines, reliant des territoires éloignés, des économies coloniales, des paysages, des infrastructures et des corps mis au travail.
Dans l’exposition, des formes semblent parfois pousser, parfois s’effriter. Le bois, le métal, la rouille et des matières fatiguées cohabitent comme les restes d’un paysage en transformation. Quelque chose continue de circuler entre elles : des résidus, une énergie, une contamination lente entre le vivant et nos manières d’être au monde.
En arrière-plan demeure l’écho d’un départ vers l’Indochine, celui de son grand-père venu de la Martinique, pris dans une histoire plus vaste où circulaient déjà le caoutchouc, les machines et les conflits. Des matières extraites, usées et déplacées d’une géographie à l’autre, comme si elles continuaient de garder en elles les traces persistantes d’une histoire.
Différents temps semblent alors se déposer les uns sur les autres : celui, lent, des arbres et de lacroissance, celui, plus brutal, des extractions et des circulations coloniales, celui des guerres et de l’industrialisation, mais aussi celui, incertain, des ruines, des survivances et des transformations à venir.
Le titre reprend une question simple, presque enfantine : Pourquoi les arbres pleurent-ils ? Peut-être parce qu’ils se souviennent. Peut-être parce qu’ils continuent de produire malgré les blessures. Peut-être aussi parce qu’entre le vivant et les objets fabriqués, la séparation n’a jamais été totalement nette.
10 quai de Brazza, Bordeaux